Un visa pour les gouverner tous?
Entre visa Schengen et autorisation britannique, un séjour touristique avec escale à Londres exige une double démarche. Le diable se cache dans les détails administratifs.
Deux amis rencontrés lors d’un voyage en Asie souhaitent venir me rendre visite en Suisse. Comme ils devront passer par le Royaume-Uni, ils aimeraient saluer Big Ben avant de découvrir le Jet d’eau. Entre visas, escales et tampons dans le passeport, leur futur voyage commence toutefois à ressembler à un imbroglio administratif. Quelles autorisations doivent-ils demander à qui avant de partir?
Y., Genève
Effectivement, vos amis asiatiques ne pourront pas simplement débarquer à Genève avec leur bonne humeur et leurs cadeaux d’usage.
Schengen
Pour un séjour touristique en Suisse, les ressortissants d’un État non-membre de l’UE doivent en principe obtenir un visa Schengen de court séjour, appelé visa C, sous réserve d’une convention avec cet État. Il permet de séjourner jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours dans l’ensemble de l’espace Schengen, dont la Suisse fait partie. Une fois la demande de visa complète déposée, le délai de traitement est en principe de quinze jours. Les autorités vérifieront notamment le passeport, le but du voyage, les moyens financiers, l’assurance voyage et surtout l’intention de quitter l’espace Schengen à la fin du séjour (art. 5 et 10 de la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration; art. 3 et 6 de l’ordonnance sur l’entrée et l’octroi de visas). Sur ce dernier point, le Tribunal administratif fédéral rappelle régulièrement qu’il n’existe pas un droit automatique au visa. Le voyageur doit convaincre du réel but de son séjour et pas seulement rêver de nos montagnes.
La bonne nouvelle, c’est qu’un visa Schengen valable délivré par un autre État Schengen, par exemple la France, l’Allemagne ou l’Italie, permet aussi en principe d’entrer en Suisse pour un court séjour, dans la limite des 90 jours sur 180. Autrement dit, si le visa est correctement délivré et couvre les dates prévues, il n’est pas nécessaire de collectionner les visas Schengen.
Le passage souhaité par le Royaume-Uni complique cependant un peu la donne. Depuis le Brexit, ce pays ne fait plus partie de l’espace Schengen. Un visa britannique ne permet donc pas d’entrer en Suisse et un visa Schengen ne permet pas d’entrer au Royaume-Uni. Pour sortir de l’aéroport à Londres, vos visiteurs devront donc vérifier séparément les exigences britanniques. Par exemple, les ressortissants chinois et indiens sont en principe soumis à l’obtention d’un visa pour entrer au Royaume-Uni; certaines situations de transit peuvent aussi requérir une autorisation particulière.
Vos deux amis seraient dès lors bien inspirés, le cas échéant, d’organiser leur voyage en deux étapes. Pour la Suisse, ils auront besoin d’un visa Schengen, sauf s’ils en possèdent déjà un valable délivré par un autre pays Schengen. Pour le Royaume-Uni, il leur faudra une autorisation britannique distincte si leur itinéraire le nécessite. Le chocolat suisse et le thé anglais font bon ménage, mais les visas ne sont pas si simples à réunir sur la table…
