L’éthique de l’étiquette
L’on m’a dit récemment qu’il n’était apparemment pas possible de faire figurer le mot « lait » sur les boissons à l’avoine dont je suis friand et qui sont de bonnes alternatives au lait « classique ».
Cela me paraît complètement farfelu. Est-ce vrai ?
Gilles, Lancy
Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est exact, du moins lorsque le mot « lait » sert à désigner ou à présenter une boisson végétale.
La législation suisse sur les denrées alimentaires impose que les indications figurant sur un produit correspondent à la réalité et ne trompent pas les consommateurs. Elle prévoit aussi des dénominations spécifiques pour certains aliments. Or le « lait » est juridiquement défini comme le produit de la sécrétion normale de la mamelle obtenu par la traite d’animaux ; l’avoine ne tombe ainsi pas dans le champ d’application de cette définition.
Cette rigueur a été confirmée par la jurisprudence récente de notre Cour suprême, en relation avec une affaire d’ersatz de volaille ( !), laquelle avait déjà jugé qu’un produit végétal ne pouvait pas être présenté au moyen du nom d’une espèce animale. La presse a par exemple parlé de l’affaire du « poulet végétal » dont l’appellation a été interdite parce qu’elle renvoie à une dénomination réservée à un produit contenant effectivement de la viande.
Le Tribunal fédéral a franchi une nouvelle étape en mars 2026 à propos d’une boisson à l’avoine vendue avec l’inscription « SHHH… THIS IS NOT M*LK », (« Chut… Ceci n’est pas du la*t »), le « i » de « milk » étant remplacé par une goutte blanche. Le fabricant soutenait notamment que personne ne pouvait sérieusement croire qu’il s’agissait de lait. Les juges ont néanmoins confirmé l’interdiction de ce produit. Selon eux, la dénomination « lait » ne peut pas devenir licite simplement parce qu’elle est utilisée sous une forme négative ou légèrement maquillée typographiquement, alors qu’elle demeure l’élément central perçu sur l’emballage.
Cela ne signifie pas que toute comparaison avec un produit laitier soit absolument proscrite. Des indications descriptives peuvent rester admissibles si elles permettent de distinguer clairement la boisson végétale du produit qu’elle imite.
Le droit suisse n’a donc rien contre le contenu de votre bol ou de votre tasse du matin et ne vous privera pas de votre boisson à l’avoine : il rappelle simplement qu’en matière d’étiquetage, même avec beaucoup d’imagination, une céréale ne doit pas être confondue avec une vache à lait qui ne remplirait que les poches de son producteur !
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