Le fisc va-t-il prendre ma chemise ?
Je suis employé de bureau et je ne porte mes costumes que pour travailler.
Puis-je déduire leur achat et le pressing dans ma déclaration d’impôt ?
E. Genève
Malheureusement non. Même si vos costumes ne connaissent que le chemin du bureau, leur achat et leur nettoyage ne sont dans la plupart des cas pas déductibles fiscalement. Pour l’administration, un vêtement ordinaire reste une dépense privée.
LIFD
L’article 26 de la loi fédérale sur l’impôt fédéral direct (LIFD) ne permet aux salariés que de déduire les frais nécessaires à l’exercice de leur profession: déplacements entre domicile et travail, repas pris à l’extérieur ou encore certaines dépenses indispensables à l’acquisition du revenu.
L’ordonnance d’application de cette loi prévoit certes la déduction des frais liés aux vêtements professionnels et à leur usure exceptionnelle, mais tout dépend de ce qu’on entend par «vêtement professionnel». Pour le Tribunal fédéral, il s’agit des habits qui ne servent qu’au travail, comme les salopettes, blouses, tabliers, bottes en caoutchouc et autres tenues de protection. Le reste relève des habits personnels.
Un enseignant tessinois qui voulait déduire neuf pantalons, acquis selon lui exclusivement pour donner ses cours, en a fait l’expérience. Notre Haute Cour a refusé sa demande, rappelant que les vêtements ordinaires constituent des dépenses d’entretien personnel, même lorsqu’une activité professionnelle exige une présentation particulièrement soignée, voire coûteuse.
Les cadres n’ont pas eu plus de chances. Un directeur de banque vaudois s’est aussi vu refuser la déduction de ses costumes, chemises, cravates et chaussures. Selon les juges, ce qui compte n’est pas l’usage que vous faites de votre veste, mais celui que vous pourriez en faire.
Quant aux frais de pressing, ils suivent le même principe. Les tribunaux ont notamment considéré que les dépenses liées à l’entretien et au nettoyage des vêtements soignés portés par les avocats ne constituent pas davantage des frais professionnels déductibles.
Tout n’est pas perdu. Pour l’impôt fédéral direct, une déduction forfaitaire est accordée sans justificatif pour les autres frais professionnels; elle représente 3% du salaire net, avec un minimum de 2000 francs et un maximum de 4000 francs en 2026. À Genève, le forfait cantonal est de 3%, entre 600 et 1700 francs. Vous pouvez faire valoir des frais effectifs plus élevés, à condition de les justifier, mais votre garde-robe n’en fera pas partie.
En fin de compte, tous les habits ne font pas le moine aux yeux du fisc, même si une soutane devrait être en principe déductible!
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