Faites le deuil de votre rente au nom de l’égalité!
J’ai 54 ans, je suis veuve depuis belle lurette et mes deux enfants adultes sont désormais indépendants : ils ne me coûtent plus rien, sauf peut-être une fondue de temps en temps. Je perçois une rente qui me permet de boucler les fins de mois. Un ami m’a annoncé que je risquais de la perdre sous peu, car le Conseil national aurait décidé qu’en matière d’égalité, il était temps que les veufs et les veuves soient logés à la même enseigne… Que se passe-t-il dans la tête de nos politiciens ?
Ariane
Votre ami n’a pas tort : la rente de veuve, telle qu’on la connaît aujourd’hui, vit probablement ses dernières années si la réforme de l’AVS, déjà adoptée par le Conseil national, va à son terme.
Actuellement, le droit suisse prévoit qu’une femme mariée qui perd son conjoint peut toucher une rente de survivante, même après que ses enfants ont grandi, alors qu’un veuf, lui, n’y a droit que tant qu’il a des enfants à charge. Cette différence de traitement a récemment été jugée discriminatoire par la Cour européenne des droits de l’homme, ce qui a précipité une volonté politique d’égaliser les règles, au nom de l’égalité hommes-femmes – mais, hélas, en abaissant le niveau de protection au lieu de l’étendre ! L’idée est donc de faire disparaître les rentes à vie pour les veuves sans enfants à charge et de recentrer les prestations sur le soutien à la parentalité. Le Conseil national a ainsi validé une révision de la LAVS qui prévoit de lier le droit à une rente de survivant à la présence d’enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. Passé ce cap, et sauf situation de précarité reconnue, la rente devrait s’éteindre. Une rente transitoire de deux ans serait néanmoins accordée pour permettre aux personnes concernées de s’adapter à cette nouvelle donne.
Il reste toutefois un peu d’espoir pour celles qui, comme vous, ne sont pas très loin de l’âge de la retraite. Le projet tel qu’adopté prévoit en effet que les rentes en cours seraient maintenues pour les personnes ayant atteint 55 ans au moment de l’entrée en vigueur de la réforme. Cette disposition transitoire vise à éviter de chambouler les plans de vie de celles et ceux qui n’ont plus vraiment le temps de se retourner. Problème : vous avez 54 ans, et votre sort dépendra donc largement de la date d’entrée en vigueur de la nouvelle loi, encore inconnue. Si elle intervient dans l’année, vous pourriez manquer le coche de justesse, sauf si le Conseil des États décidait d’assouplir cette condition ou de prolonger la période transitoire. Des parlementaires s’en inquiètent déjà et il n’est pas exclu que des ajustements soient apportés à cette étape.
En résumé, votre rente n’est pas supprimée pour l’instant, mais elle pourrait l’être dans deux ou trois ans, selon l’issue du processus législatif et votre âge exact au moment décisif.
