Bon baiser… du pénitencier !
Mon compagnon a été incarcéré il y a quelque temps dans une prison romande. Nous souhaitons maintenir notre relation malgré la détention et aimerions savoir s’il est possible de bénéficier de visites un peu plus privées, voire intimes. Cela existe-t-il ?
B.
Oui, des visites sensuelles sont possibles en détention, mais elles sont soumises à des conditions strictes !
En droit suisse, les personnes détenues conservent certains droits fondamentaux, notamment celui au respect de la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et par l’article 13 de notre Constitution fédérale. Ces droits ne disparaissent pas derrière les barreaux, mais leur exercice peut être restreint pour des motifs légitimes, notamment liés à la sécurité de l’établissement pénitentiaire.
Selon l’article 84 du Code pénal, les visites intimes – c’est-à-dire les rencontres privées pouvant inclure des relations sexuelles – sont donc envisagées dans la logique du maintien de liens affectifs étroits entre la personne incarcérée et ses proches. Toutefois, ce droit n’est pas absolu et les cantons peuvent en restreindre l’exercice par leur propre règlementation. Le canton de Vaud par exemple fait preuve de fermeté en la matière. A Genève en revanche, c’est la débandade car aucun droit à des visites privées n’est prévu dans les règlements, hormis au sein de l’établissement Curabilis.
La passion en prison peut donc être soumise à des conditions et l’accès à un parloir intime subordonné à la preuve d’une relation stable et durable. Le Tribunal fédéral a jugé récemment que cette exigence n’était pas contraire au droit supérieur, à condition qu’elle respecte le principe de proportionnalité. Dans une affaire vaudoise, la demande d’un détenu a été refusée, d’une part, en raison de l’absence de locaux adaptés et, d’autre part, parce qu’il ne pouvait prouver que sa relation avec sa partenaire remplissait les critères de stabilité et de durée fixés par le règlement cantonal (au moins six mois de relation continue ou antérieure à l’incarcération).
Dans votre situation, si vous entretenez une relation à long terme avec votre compagnon – idéalement antérieure à sa mise en détention – vous pouvez adresser une demande formelle à la direction de l’établissement pénitencier dans lequel il séjourne. Celle-ci examinera votre requête à la lumière du règlement en vigueur dans le canton concerné, de la situation personnelle du détenu et des capacités logistiques à disposition.
En résumé, les visites intimes en prison ne sont pas un droit automatique, mais une possibilité encadrée. Elles nécessitent une relation sérieuse, des justificatifs et une infrastructure adaptée. Mieux vaut donc anticiper et documenter votre lien de manière crédible pour espérer obtenir un moment de tendresse à huis clos.
